Articles du mois : août 2010
« Je t’explique tout ceci, Fougère, pour que tu comprennes la nature de ces orages, de ces éblouissements, de ces rêves sans fin que lève en moi ton chant, quand ta voix soudain révèle d’autres êtres, venus au monde par toi, semble-t-il sans douleur, d’autres êtres que je ne pouvais rêver et qui rendent leur couleur de spectres aux fils de mon imagination, et me jettent à ce désespoir soudain, de n’être à côté de toi qu’un montreur de marionnettes, lequel, le spectacle fini, s’enfuit avant les huées, rejetant ses poupées dans leur boîte, en quête d’un autre décor où les rendre à la vie. »
Louis Aragon – La Mise à mort – Gallimard, 1965
Chaque fois qu’un journaliste évoque avec Renaud Capuçon ses relations avec Brahms, le violoniste a du mal à exprimer ses sentiments autrement que par une sensation : celle d’être « plongé dans un bain chaud ». Tant il est vrai que son histoire d’amour avec le compositeur hambourgeois a commencé il y a si longtemps qu’elle s’apparie à la douceur de l’enfance…
En tout cas, sa « cristallisation » (merci Stendhal) a eu lieu au festival du Périgord Noir en 2005, quand a débuté l’intégrale de la musique de chambre. Initiée par Renaud Capuçon, cette intégrale se poursuit, pas à pas, œuvres après œuvres, entre un week-end Brahms Salle Pleyel en octobre, des tournées en Italie et aux Etats-Unis en novembre et déjà trois albums chez Virgin Classics : les trios pour piano, violon, violoncelle, les sonates pour piano et violon et, le tout dernier, les quatuors à cordes avec piano.
« Dans la musique de chambre de Brahms, pas une seconde plus faible qu’une autre. C’est très impressionnant. Lui-même a autodétruit tout ce qui ne lui paraissait pas parfait. »
Sur la scène comme en studio, la même équipe de fervents brahmsiens : Nicholas Angelich au piano, la pierre angulaire, Gautier Capuçon au violoncelle, le frère indispensable, Gérard Caussé ou Antoine Tamestit à l’alto, ce qui se fait de mieux, David Guerrier, sans doute le corniste le plus doué aujourd’hui au monde, Paul Meyer à la clarinette, incontournable… Et pour les sextuors, les fidèles : l’altiste Béatrice Muthelet, la violoniste Aki Saulières, le violoncelliste Clemens Hagen.
Sur les vingt-quatre opus que la musique de chambre de Brahms comporte et dont l’écriture couvre la totalité de sa vie, il n’y a rien à négliger. Trios pour piano, violon et violoncelle, sonates avec violon ou avec violoncelle, quatuors avec ou sans piano, quintette à cordes, trio avec cor ou avec clarinette, sextuor à cordes… la palette est époustouflante.
En commun avec Isaac Stern, un violon, le « Panette »
Aujourd’hui, Renaud Capuçon peut s’enorgueillir d’avoir, à l’époque du zapping et du kleenex, tenté et obtenu l’impossible : mener à bien une intégrale de musique de chambre.
Il y a quelque cinquante ans, le Trio Isaac Stern-Leonard Rose-Eugen Istomin parcourait lui aussi la planète avec les trios de Johannes Brahms. Ecoutons-les et regardons-les bien : le Guarneri « Panette » (1737), le violon que joue Isaac Stern et qui a été le sien pendant cinquante ans, appartient aujourd’hui à Renaud Capuçon.
Premier mouvement du Trio n°2 de Johannes Brahms, par le Trio Isaac Stern (violon), Leonard Rose (violoncelle) et Eugene Istomin (piano). Classic archives
Encore tout jeune (il est né en 1976 à Chambéry), Renaud Capuçon donne aujourd’hui partout dans le monde les grands concertos du répertoire, Ludwig van Beethoven, Alban Berg, Johannes Brahms, Felix Mendelssohn-Bartholdy, et aussi, bien sûr, le Double pour violon et violoncelle de Johannes Brahms avec son frère Gautier.
La même œuvre que jouait, un soir de 1965 à Londres, un trio de légende: David Oïstrakh, surnommé de son vivant le « roi David », Mstislav Rostropovitch, l’accoucheur des compositeurs, Kirill Kondrachine, chef mythique.
Ecoutons-les, regardons-les :
Premier mouvement du Double Concerto de Johannes Brahms, par David Oïstrakh, (violon), Mstislav Rostropovitch (violoncelle), l’Orchestre Philharmonique de Moscou, Kirill Kondrachine (direction). Classic Archives
Renaud Capuçon connaît bien sûr ces images. Quel effet cela lui fait-il de voir ces grands aînés, auxquels il rajoute spontanément Christian Ferras ?
« Il faut connaître ces images, s’en nourrir, et, au moment de jouer, les laisser de côté. Oïstrakh, c’est tout simplement inouï, il est « l’empereur ».
Et ce qui est très troublant pour moi, c’est de voir mon violon joué par Isaac Stern… »
Troublant, certainement, mais pas inquiétant : le « Panette » est aujourd’hui entre de bonnes mains.
• 1 album de 2 CD, Quatuors avec piano n°1, 2, 3 de Johannes Brahms. Nicholas Angelich (piano), Renaud Capuçon (violon), Gautier Capuçon (violoncelle), Gérard Caussé (alto). Virgin Classics.
par Nathalie Krafft, 13 septembre 2009

Le plus boulimique des chefs d’orchestre de la planète, qui dirige plus de 200 concerts par an, sera le maitre d’œuvre de la soirée de clôture du festival du Verbier Festival dans Salomé de Richard Strauss. L’œuvre condensée en un seul bloc d’une richesse extraordinaire fut son premier triomphe, néanmoins teinté de scandale.
Un casting exceptionnel avec Deborah Voigt, Gwyneth Jones, Siegfried Jerusalem… pour servir l’exigence d’une œuvre qui demande à ses interprètes une énergie considérable capable de rendre compte d’une sauvagerie confinant à l’hystérie.
On espère un résultat génial et foudroyant, car le magnétisme animal de Valery Gergiev, patron du Mariinsky et du London Symphony, est réputé pour hypnotiser musiciens et public !
1er août : Fête Nationale suisse
La Fête nationale suisse est célébrée chaque année en date du 1er août. C’est en 1891 que cette Fête fut donnée pour la première fois à cette date, pour commémorer le 600e anniversaire du Pacte de 1291, choisi comme acte fondateur, plutôt que le célèbre Serment du Grütli, ancien événément de commémoration.



