Articles du mois : July 2010
Bashmet, le rock et moi
Un. Leningradskii Rock Club. Début des années quatre-vingt, l’Union Soviétique sent des envies de musique rock émaner de toute part. Toutefois, orthodoxie anti-occidentale oblige, il est encore illégal d’en jouer en public. Conscient de la potentielle explosivité de la situation, le pouvoir tolérera un défouloir à jeunes. Le 8 mars 1981, le Rock Club de Leningrad ouvre ses portes au 13, rue Rubinstein. On y écoute Alisa, DDT, Akvarium en compagnie d’agents du KGB chargés d’éviter qu’un discours contestataire ne s’y développe (et, accessoirement, de refouler les punks). Le légendaire Viktor Tsoy y crée son non moins légendaire Pachka Sigaret et la fête durera jusqu’à ce que la perestroïka ne le rende obsolète.
Deux. Yuri Bashmet. On parle beaucoup de son « altisme », beaucoup moins de ses années de guitare et batterie.
Ces deux pensées collisionnent dans ma tête aux brumes du réveil et un univers s’en échappe. Dans mon demi-sommeil, je vois le jeune Yuri à la batterie derrière Tsoy, face aux ados déchaînés et aux agents placides. Je le vois sur scène, une guitare à la main ; Sergey Shnurov, 15 ans – il fondera plus tard le groupe Leningrad – est dans la salle. C’est possible. Les dates correspondent. Il me faut des réponses.
Verbier. Où est Bashmet ? Répétition avec Dutoit. J’y cours, l’y trouve, en pause au soleil. La question l’étonne. Réponse cordiale mais sans appel : je n’y ai jamais été. Mais le voilà d’humeur causante. C’est vrai, mais ça se passait plus tôt, dans les années soixante-dix. Je me passionnais pour les Beatles et les reprenais avec mes amis. Et Tsoy, oui, bien sûr ! Vous connaissez Assa ? Film mythique porté par une bande son hallucinante. J’ai collaboré à celle d’Assa 2, avec Shnurov, oh bien évidemment on ne jouait pas ensemble, j’étais à l’alto !
La rencontre improbable de Yuri Bashmet, Viktor Tsoy et Sergey Shnurov a donc bel et bien eu lieu, mais loin des murs du 13, rue Rubinstein.
Mona, la marmotte de Verbier
Ilya Gringolts au Verbier Festival 2010
- 23 juillet 2010 : trio de Beethoven avec Kit Armstrong au piano et Andreas Brantelid au violoncelle
- 25 juillet : concert avec Masaaki Suzuki au clavecin (sonates de Bach)
Élève, au conservatoire de musique de Saint-Pétersbourg, de Tatiana Liberov et de Jeanna Metallidi puis de feue Dorothy Delay et d’Itzhak Perlman qui le qualifie « de merveilleux jeune artiste, dont le talent allie intelligence musicale et magie technique », Ilya Gringolts a joué dans la cour des jeunes prodiges russes dès l’âge de dix ans. Il a su cultiver sa différence, comme le montrent ses enregistrements et son répertoire et poursuit une carrière jalonnée de rencontres exceptionnelles.
Il revient au festival de Verbier dans un programme Johann Sebastian Bach le 25 et dans plusieurs concerts de musique de chambre.
Ilya Gringolts est une sorte de romantique égaré dans le monde d’aujourd’hui. Son jeu engagé, sa grande précision, sa technique irréprochable au service d’une pensée originale, atypique et loin des sentiers battus et son fort sentiment slave sont autant d’atouts pour satisfaire les auditoires en quête d’émotions fortes.
Célèbre depuis sa victoire aux concours Sibelius en 1985 et Paganini en 1988, Leonidas Kavakos est un musicien d’origine grecque, violoniste et artiste d’une qualité rare, reconnu pour sa virtuosité, sa fraternité musicale et son intégrité.
Ses interprétations sont toujours justes, lumineuses et sans excès : à ne pas manquer donc dans le second concerto de Béla Bartók qui demande flexibilité, justesse impeccable, grand son pour « triompher » de l’orchestre qui sera mené de main de maître par Charles Dutoit.
Et surtout une occasion de d’écouter LE « FALMOUTH », UN STRADIVARIUS DE 1692
Instrument rare et précieux, fabriqué en Italie par Antonio Stradivari à Crémone en 1692. Le « Falmouth » a été fabriqué alors que Stradivari, âgé de quarante-huit ans, avait déjà dépassé ses prédécesseurs et ses contemporains. Les émissaires des princes et des rois se pressent désormais dans son atelier pour y passer commande. Pour le prince Ferdinand de Médicis, Stradivari fabrique un quintette orné de nacres représentant les armoiries du grand-duc de Toscane ; pour James II, roi d’Angleterre, il fait un quatuor ; pour le roi d’Espagne, il en fabrique un autre.
En 1690, Stradivari s’éloigne des préceptes de son mentor et professeur Nicolo Amati et invente une nouvelle forme de violon, qu’il décline ensuite en alto et violoncelle. Plus étroite et allongée, elle diffère nettement des canons de la lutherie façonnés par trois générations d’Amati et qui ont jusqu’alors prévalu à Crémone. Tous les instruments construits sur ce nouveau modèle sont fabriqués avec une incroyable maîtrise doublée d’un grand sens du détail, SA marque de fabrique. Révolutionnaire pour l’époque, ce modèle qui sera appelé » longuet » par les luthiers français du XIXe siècle, sera abandonné en 1698. Continuant ses recherches Stradivari reviendra à des violons plus courts, plus larges et plus plats, qui caractériseront les années 1710-1720, celles de sa période d’or. Le grand nombre d’instruments fabriqués sur le modèle longuet témoigne de la prospérité de la casa Stradivari dans les années 1690-1698, et le Falmouth en fait partie.
Lera Auerbach à Verbier
Dans la digne lignée des Hildegarde von Bingen, mystique allemande du 12e siècle, Elisabeth Jacquet de la Guerre, Louise Farrenc, Lili Boulanger ou Cécile Chaminade, la jeune Lera Auerbach est l’invitée du Festival de Verbier.
Compositrice, pianiste et poétesse née en Sibérie il y a tout juste 35 ans, elle publie sa première œuvre en 1986 chez celui qui a édité Sergei Prokofiev.
Tout semble lui réussir : elle écrit et reçoit le prestigieux prix Pouchkine, elle joue le piano et fascine par ses interprétations, elle compose et reçoit des commandes des grandes salles de concert du monde.
Sa formule magique : un style accessible, synthèse des courants expérimentaux et de musique néo- tonale des pays baltes, qui touche tous les publics. Auteur d’un catalogue déjà très large où tous les genres sont représentés, courtisée par les maisons de disque, Lera Auerbach est en train de graver son nom de compositrice dans la grande famille des compositeurs.
- Extrait du concert consacré à Lera Auerbach, à Verbier, le 24 juillet 2010 :
Après le Don Giovanni du festival d’Aix en Provence, mis en scène par Dmitri Tcherniakov, à la réputation d’iconoclaste non provocateur, décapant mais constructif qui « a osé attenter à la musique de Mozart et au livret de Da Ponte en le transformant en une saga vulgaire et approximative… », vous aurez plaisir à revenir à vos fondamentaux dans une nouvelle version scénique résolument plus « traditionnelle », celle de Jonathan Kent, metteur de scène du Tour d’écrou en 2006, de l’une des œuvres les plus emblématiques du répertoire d’opéra.
Orchestre baroque, Orchestra of the Age of Enlightenment , et casting de qualité sous la direction de l’une des jeunes baguettes les plus fascinantes du moment : Vladimir Jurowski le directeur musical du festival. Une rencontre à ne pas manquer et à comparer sur le Web.
L’opéra est disponible gratuitement sur medici.tv, en direct et en différé. Plus d’information ici.
Orchestra of the Age of Enlightenment / Orchestre de l’âge des Lumières
Le Chœur de Glyndebourne
Vladimir Jurowski, direction
Brindley Sherratt : Le Commandeur
Anna Samuil : Donna Anna
William Burden : Don Ottavio
Gerald Finley : Don Giovanni
Luca Pisaroni : Leporello
Kate Royal : Donna Elvira
Guido Loconsolo : Masetto
À voir également :
- Vladimir Jurowski dirige le London Philharmonic Orchestra dans un programme d’œuvres de Richard Wagner, Gustav Mahler et Berg. L’œuvre-phare de ce concert est certainement le Klagende Lied (chant de plainte) composé par Mahler à 20 ans sur un texte écrit alors qu’il n’avait que 17 ans. Lien vers le concert.
- Extrait de Vladimir Jurowski avec l’Orchestra of the Age of Enlightenment au Théâtre des Champs-Elysées à Paris :




